L’agrivoltaïsme en débat.

Publiée au Journal Officiel le 11 mars 2023, la Loi APER relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables intègre l’accélération du déploiement du photovoltaïque en France afin de multiplier par 10 la capacité de production d’énergie solaire pour dépasser les 100 GW installés d’ici 2050 y compris en produisant de l’électricité sur des terres agricoles.

L’article 54 de la Loi précise qu’une installation agrivoltaïque est une «installation de production d’électricité utilisant l’énergie radiative du soleil et dont les modules sont situés sur une parcelle agricole où ils contribuent durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole ».

Bien que l’agrivoltaïsme permette une production élevée d’énergie, elle soulève de nombreuses interrogations que nous soumettons à votre réflexion.

Alors que rien n’empêcherait d’atteindre l’objectif de 100 GW par le photovoltaïque en 2050 en n’utilisant que les toitures individuelles, les locaux professionnels, les parkings et autres surfaces artificialisées, les grandes entreprises énergétiques affirment que malgré l’importance des investissements de départ et adaptés aux productions agricoles, l’agrivoltaïsme reste deux fois moins onéreuse. Or, comme la commission de régulation de l’énergie répond aux appels d’offre les moins coûteux c’est-à-dire où le coût de l’électricité produite est le plus bas possible, cela conduit mécaniquement à privilégier les projets les plus rentables et sur des plus grandes surfaces… d’où l’attrait du déploiement de la production d’électricité sur des terres agricoles.

Le schéma classique de ce type de montage de projet réside dans un investissement supporté par une entreprise énergétique sur une parcelle agricole en contrepartie d’un loyer annuel au propriétaire du sol et / ou parfois à l’exploitant agricole. Les loyers versés à l’exploitant viennent accroître son chiffre d’affaires à l’hectare dans la mesure où il conserve une production agricole sous les panneaux. Cette rémunération ne risque-t-elle pas à terme une attractivité incitant à la spéculation et engendrant une croissance importante de la valeur du foncier agricole ?

Afin de produire 60 à 80 GW d’électricité agrivoltaïque en plus d’ici 2050, il faudrait mobiliser entre 75 000 à 100 000 ha de terres agricoles. Plutôt que d’envisager des projets de grandes tailles, certes plus rentables pour absorber les coûts liés au raccordement au réseau, ne faudrait-il pas en faire profiter plus d’agriculteurs sur l’ensemble du territoire national avec des projets de petites tailles (inférieurs à 1 Ha) ?

Concernant les enjeux de biodiversité et de bien-être animal, rien à ce jour ne tend à prouver avec certitude (par manque de recul et d’études d’impact sur ces sujets) que l’agrivoltaïsme a un impact positif ou négatif. Nous pensons que la mise en place de panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles peut modifier les propriétés du sol à l’échelle de la parcelle et par conséquent de sa biodiversité. Pour autant, la mise en place de cultures et / ou d’un élevage adapté ne pourrait-elle pas potentiellement apporter un nouvel équilibre écologique à la parcelle ?

Aujourd’hui, des terres agricoles sont consacrées à la production de biocarburants qui sont consommateurs de fertilisants chimiques de synthèse et producteurs de gaz à effets de serre (GES). Or, la production agrivoltaïque produit 10 fois plus d’énergie par hectare que les cultures bioénergétiques. La mise en place de l’agrivoltaïsme ne serait-elle donc pas un levier positif pour limiter les productions de GES en agriculture et répondre partiellement aux enjeux climatiques ?

L’agrivoltaïsme est un sujet complexe et clivant où chacun (agriculteurs, consommateurs, citoyens) a un positionnement personnel parfois contradictoire. Il ne doit pas nous éloigner ou venir en concurrence de nos missions principales : notre contribution première en tant que paysans est de nourrir la population. A côté de cette mission principale, l’agriculture assume également d’autres fonctions pour répondre aux besoins d’une société en mutation : préservation et gestion des ressources naturelles, de la biodiversité et des sols ; développement socio-économique du territoire ; préservation et gestion du territoire et des paysages ; la production de plantes, de matières premières et de matériaux à des fins non alimentaires…

Ne l’oublions pas !

Une rentrée sous le signe de l’inflation

Alors que l’inflation en France se stabilise autour de 5 %, les prix des produits agricoles à la production depuis le début de l’année 2023 ne cessent de baisser. Ces derniers restent toutefois nettement supérieurs (+ 18 %) à ceux constatés à l’été 2021 au démarrage de l’inflation.

Après avoir atteint des sommets au printemps 2022, les cours des céréales ne cessent de s’éroder depuis, avec le cours du blé tendre par exemple autour de 220 €/tonne actuellement contre plus de 300 €/tonne l’an dernier. La guerre Russie/Ukraine dictait, il y a un an, l’évolution des cours en céréales, ce qui ne semble plus être le cas aujourd’hui. Mais les incertitudes naissantes liées à la macroéconomie (parité euro/dollar et demande mondiale) ainsi que les risques climatiques (sécheresse de plus en plus présente au niveau mondial, réchauffement, gestion de l’eau…) continuent d’alimenter un climat incertain. D’autant qu’en même temps, les restrictions liées au COVID-19 ont été largement allégées ce qui a engendré une relance de la demande mondiale et plus spécifiquement celle liée à la demande en énergie. Ainsi, la demande en pétrole devrait atteindre des records en 2023 ; l’heure de la sobriété n’est pas arrivée.

De plus, la fin du bouclier tarifaire sur l’énergie électrique amène également son lot d’incertitude sur les tarifs et le niveau de hausse des charges.

Ainsi, face au repli ou à la stabilité actuelle des prix des produits agricoles et la hausse des charges, le fameux « effet ciseau » redouté par les exploitants commence à se faire sentir sur les exploitations. Pour chaque exploitant, les décisions de gestion seront donc capitales pour couvrir les coûts de production.

Dans ce contexte, les techniciens et conseillers de gestion de l’Afocg restent à votre disposition pour échanger sur votre situation et l’analyser.

 

Les membres du bureau.

L’intelligence artificielle trace sa route.

Petit à petit, l’intelligence artificielle s’invite dans notre quotidien, tant personnel (maison connectée, assistant personnel, etc) que dans notre vie professionnelle notamment avec l’avènement de la facture électronique dès 2024. Même si l’on admet à demi-mot qu’elle nous facilite la vie, peu de personne s’inquiète des métiers qu’elle pourrait mettre en péril. L’automatisation de multiples tâches sonne-t-elle la fin du métier de comptable traditionnel ? Ou au contraire, faut-il y voir une façon de réinventer le métier, de redorer le blason du métier pour donner envie aux jeunes générations ?

Ainsi, le comptable de demain devra cohabiter avec l’intelligence artificielle afin que celle-ci lui réalise les tâches récurrentes et sans réelle valeur ajoutée (saisie des factures, enregistrement des opérations bancaires, etc) pour que ce dernier puisse se concentrer sur les missions pour lesquelles il sera davantage attendu demain (conseils, analyse financière, diagnostics de l’entreprise, etc). Le temps libéré devrait ainsi lui permettre d’être plus réactif face à la demande de l’adhérent. C’est ainsi 30 à 35 % de gain de temps estimé sur la production comptable réaffecté au conseil, à la relation client, à se former et s’adapter aux nouvelles normes, obligations, usages.

Comme nous l’avons écrit dans notre bulletin d’avril 2023, le métier d’agriculteur est probablement moins pénible, mais la charge mentale s’est accrue au fil des années et demande de plus en plus de connaissances dans des secteurs très variés, il faut être très polyvalent. Le comptable de demain devra répondre à tous ces enjeux et demandes de ses adhérents pour lesquels il devra optimiser ses compétences et donc se former en se libérant du temps fastidieux de la production comptable.

L’Afocg se prépare à tous ces enjeux et plus particulièrement au passage à la facture électronique.
Le travail est déjà engagé pour notre pôle « saisie » qui utilise désormais Amicompta, un logiciel d’intelligence artificielle permettant de reconnaitre les factures scannées pour les transférer dans Isacompta ensuite. La facture électronique a également été le thème de notre assemblée générale de mars dernier et le travail va se poursuivre avec notre partenaire Agiris pour être prêt à l’échéance du 1er juillet 2024.

Nouvel âge légal de départ à la retraite 64 ans. Quels impacts pour les agriculteurs ?

Après plusieurs semaines de débats plus ou moins houleux, le gouvernement a finalement été contraint d’utiliser l’art.49-3 pour faire valider sa réforme des retraites et faire adopter le report de l’âge légal de 62 ans à 64 ans. Mais qu’en est-il pour les agriculteurs ?

Dans les faits, source de la MSA, les agriculteurs prennent leur retraite en moyenne à 63,4 ans (63,1 ans pour les hommes et 63,8 ans pour les
femmes en 2021). Au-delà de ce constat, si le métier d’agriculteur aujourd’hui est moins pénible qu’il y a 40 ans, la charge mentale de la gestion des exploitations s’est accrue au fil des années, avec beaucoup plus de tracas, de normes et de contrôles. Par conséquent, ce report de l’âge légal est donc mal perçu par les agriculteurs comme pour tous les salariés actuels dès lors que l’on est proche de la fin de carrière.

Il faut toutefois noter les évolutions positives entre le texte de départ et le texte validé. Ainsi, l’âge de départ à 64 ans se fera progressivement d’ici 2030 à raison d’un trimestre supplémentaire par génération. De plus, le texte adopté favorise un peu plus le dispositif de « carrières longues » avec l’application de différents paliers (si vous avez commencé à travailler avant 18 ans, vous pourrez prétendre à la retraite à 62 ans).
Le texte prévoyait également une revalorisation des retraites à 1 200 € brut/mois mais peu d’agriculteurs seront concernés car on parle de carrières complètes à 43 ans de cotisations. Toutefois, la loi Dive prévoit, à partir de 2026, une retraite de base calculée sur les 25 meilleures années au lieu de l’intégralité de la carrière actuellement. Cela devrait avoir un impact positif sur le montant des retraites mais impacter plus les hauts revenus agricoles que les autres. Les conjointes d’exploitants, mères de famille, bénéficient également d’améliorations par rapport au texte initial et se voit doter d’une surcote de pension pouvant aller jusqu’à 5 % pour les femmes qui dépasseront les 43 années de cotisations grâce aux trimestres maternité et éducation.

Mais, malgré ces avancées, dans un contexte démographique où plus de la moitié des exploitations devraient changer de main dans les prochaines années, cette réforme vient chambouler tout le plan de transmission établi ou en cours de réflexion. En effet, la réforme de la retraite contraint les exploitants à revoir la date de leur départ ce qui impacte leur transmission à plusieurs niveaux (inquiétude sur les conséquences fiscales et sociales, inquiétude sur le facteur humain : prise en compte de la pénibilité du travail, conduite à tenir pour trouver un repreneur, etc…).

En attendant le texte officiel, l’Afocg et plus particulièrement les conseillers de gestion restent en éveil pour accompagner tous nos adhérents, futurs cédants face à cette nouvelle problématique

2024 : la facture électronique se concrétise pour tous

Depuis le 1er janvier 2020, toutes les entreprises françaises sont tenues d’envoyer leurs factures à destination des organismes publics en format électronique. L’ensemble de ces factures transite via Chorus Pro, pour un total de près de 140 millions de factures échangées depuis 2017. Toutefois, les transactions interentreprises restent faiblement dématérialisées, ce qui génère des surcoûts pour les entreprises.

A l’ère de la digitalisation et du tout numérique dans les échanges quotidiens, la sphère agricole n’y échappe pas et devra s’y résoudre à partir de 2024. L’article 26 de la loi de finances rectificative pour 2022 prévoit l’obligation de facturation électronique dans les échanges entre entreprises assujetties à la TVA et établies en France. Mais pourquoi cette obligation ?

Celle-ci répond à plusieurs objectifs :

  • Renforcer la compétitivité des entreprises grâce à l’allègement de la charge administrative, à la diminution des délais de paiement et aux gains de productivité résultant de la dématérialisation.
    Pour une entreprise, le coût d’une facture électronique est inférieur à celui d’un timbre poste alors que celui d’une facture papier est supérieur à 10 euros dès lors que l’on parle du traitement complet de la facture (cout du papier, enveloppe, timbre et coût de l’opérateur en charge de l’établir) ;
  • Simplifier, à terme, les obligations déclaratives des entreprises en matière de TVA grâce à un pré-remplissage des déclarations ;
  • Améliorer la détection de la fraude, au bénéfice des opérateurs économiques de bonne foi ;
  • Améliorer la connaissance en temps réel de l’activité des entreprises pour permettre un pilotage de la politique économique au plus près de la réalité économique des acteurs.

L’administration annonce que l’utilisation des factures électroniques par tous permettra ainsi des économies, d’autant plus dans le contexte inflationniste que nous subissons depuis quelques mois et qui pourrait durer pour l’ensemble des entreprises. Elle constituera un levier de modernisation de la chaîne de facturation en simplifiant sa gestion, son suivi et en favorisant la réduction des délais de paiement.

Les entreprises assujetties devront donc recourir aux services d’une plateforme de dématérialisation pour transmettre/recevoir leurs factures électroniques et pour adresser des données de transactions ou de
paiement. L’utilisation de ces plateformes servira également à transmettre certaines informations qui ne sont pas concernées par la facturation électronique (opérations commerciales avec des particuliers, transactions avec des opérateurs établis à l’étranger).

Chaque exploitant sera donc libre de choisir sa plateforme d’échanges. Pour faciliter cet enjeu majeur de demain, l’Afocg a déjà anticipé cette adaptation pour nos adhérents. En effet, le passage à Agiris, notre nouveau partenaire informatique permet de s’adapter à ce nouveau défi. Le groupe Agiris travaille actuellement à l’évolution des outils informatiques et au développement de sa plateforme numérique pour répondre à ces obligations.

C’est pourquoi, l’Afocg a choisi comme thème pour sa prochaine assemblée générale qui aura lieu le 16 mars 2023 aux Landes Genusson : La facture électronique pour tous, quel changement dans notre quotidien ?
Aussi, pour répondre à cette question, l’Afocg a choisi de faire intervenir notre partenaire Agiris pour vous expliquer les enjeux, les modalités de mise en place ainsi que les avantages et/ou inconvénients de cette facture numérique.

Dans l’attente de vous y retrouver nombreux, au nom du Conseil d’Administration de l’Afocg, nous vous souhaitons une bonne et heureuse année 2023.

A l’ère de la « Permacrise » : subir ou agir ?

Après deux ans de pandémie, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, après un été marqué par des incendies hors normes dévastant nos territoires, dans un contexte économique inflationniste important avec, en toile de fond, toujours les impacts du changement climatique… autant d’éléments stressants, perturbants, angoissants pour notre vie quotidienne qui donnent le sentiment d’une crise sans fin (ou « permacrise »).

Dans un monde aussi anxiogène, de plus en plus de professionnels indépendants et de salariés témoignent de leur difficulté à trouver du sens et de la motivation à leur travail. Quand on a l’impression que « tout s’effondre », nos priorités changent. Le secteur agricole et para-agricole n’y échappe pas.

La pandémie a bouleversé notre rapport au travail. Alors que la vague de la grande démission déferle sur les États-Unis et affecte l’Europe, le rapport au travail des Français a été transformé par le Covid-19. La « valeur travail » a été remise en cause au profit d’un meilleur équilibre vie privée – vie professionnelle qui passe notamment, pour certains salariés, par du télétravail. Pour concilier les attentes des salariés sans perdre du lien social, certaines entreprises misent désormais sur le métaverse (le métaverse est défini comme un espace virtuel collectif et partagé. Ce concept vise à créer une réalité virtuelle physique). Et si le métaverse était le mode de travail du futur ? Si nos bureaux, nos collègues, se retrouvaient transportés – transposés dans ce monde virtuel ? A ce jour, difficile d’imaginer de vivre dans une réalité virtuelle physique sur nos fermes et à l’Afocg : faut-il céder à la fatalité ou réaliser que tout cela n’est qu’utopie ?

Mais nous avons tous aussi notre part de responsabilité pour se prémunir au maximum des effets collatéraux d’une réalité virtuelle, qui trouve sa semence surtout dans un comportement que nous avons « pratiquement » tous : l’hyperconnectivité qui a même sa nouvelle dénomination en addictologie : la cyberaddiction. En fin de compte, sans faire l’autruche ou se couper totalement de l’actualité, se distancer le plus possible de celle-ci pour préserver sa charge mentale et « équilibrer » ou abaisser son niveau de stress reste une première réponse à ce contexte. Les exploitations agricoles sont sans doute moins influencées par cette cyberaddiction, encore que la nouvelle génération d’agriculteurs y porte probablement plus attention ou y est plus confrontée dans son quotidien compte tenu des nouvelles technologies et des modes de communication avec son environnement.

Sur le sujet des effets du climat, la situation ne va pas s’améliorer à court terme. Nos territoires ont connu cette année plusieurs épisodes de canicule. Pour faire face à ces sècheresses et aux aléas climatiques qui vont se multiplier avec le réchauffement climatique, l’État a prévu un nouveau régime universel d’indemnisation des pertes de récoltes résultant d’aléas climatiques. Il sera opérationnel au 1er janvier 2023. Ce régime a, selon les attendus de la loi, vocation à partager le risque entre l’Etat, les agriculteurs et les assureurs. Le dispositif prévoit trois étages des risques : les risques mineurs restent pris en charge par l’agriculteur, ceux d’intensité moyenne seront mutualisés entre les territoires et les filières par le biais d’un contrat d’assurance récolte dont les primes font l’objet d’une aide de l’Etat. Enfin, les risques dits catastrophiques seront couverts par le fonds national de gestion des risques en agriculture. Les assureurs du secteur sont contraints d’y adhérer afin de partager les données et de mutualiser les risques, pour établir une prime d’assurance la plus juste possible. Quant aux agriculteurs, ils ne sont pas obligés de souscrire à un système d’assurance récolte. Toutefois, les conditions d’indemnisations seront moins favorables pour ceux n’ayant pas de contrat. Par ailleurs, un dispositif de « modulation » de l’aide à l’installation incite les jeunes agriculteurs de demain à souscrire une assurance multirisque climatique dès leur entrée en activité. Avec ces incitations, le ministère souhaite que la moitié des cultures soient assurées d’ici à 2030 alors que la profession est aujourd’hui très peu couverte pour les risques climatiques en dépit de primes d’assurance subventionnées à 65 % par la PAC. Mais cela serat- il suffisant ?

Au-delà du système d’assurance récolte, plutôt que de courber l’échine et attendre de voir ce qui va se passer, ne faudrait-il pas plutôt adapter
nos productions et nos pratiques agricoles aux capacités réelles que nous offre la nature sans chercher à tout prix à y puiser au-delà ? Nous,
paysans, avons la possibilité d’agir sur nos fermes pour trouver des solutions adaptées à nos propres besoins et contraintes. Nos élus sur nos territoires ont la capacité d’accompagner cette adaptation ; à nous de les interpeller pour mener des actions porteuses d’avenir.

Avec une inflation durable, le partage de la richesse semble incontournable pour la pérennité de l’agriculture. Capter la valeur ajoutée créée par le monde agricole a toujours été une vision stratégique portée par l’Afocg. Les agriculteurs devront faire face à une envolée des coûts de production et donc répercuter autant que possible ces hausses sur le prix de leur production. Mais comment agir quand la fixation des prix des matières agricoles échappe à la profession ? Le consommateur est-il vraiment prêt à payer le prix rémunérateur dans un contexte inflationniste élevé ? Les acteurs de toutes les filières agricoles (industries, commerces, coopératives, négociants…) devront également jouer le jeu. La loi Egalim 2, quand elle est appliquée, est-elle dans ce cas suffisante pour répondre à ces enjeux de demain ? C’est l’un des outils à notre disposition, certes pas toujours satisfaisant, que nous devons appréhender et maîtriser pour agir.

Soyez certains que l’Afocg reste attentive aux changements économiques, environnementaux, sociaux et sociétaux qui impactent notre quotidien sur nos fermes.

Urgent : recherche salarié.e.s

La chute du nombre d’agriculteurs est largement commentée dans le débat public. Plus précisément, le nombre d’exploitants baisse fortement quand l’emploi salarié progresse. Pour autant, l’agriculture est en recherche constante de main d’oeuvre permanente et saisonnière. Elle est proche du secteur des industries agroalimentaires où celui-ci recrute également à tour de bras et peine à recruter alors qu’elle constitue un secteur stratégique avec une grande utilité sociale.

Même si on constate une augmentation croissante de l’emploi salarié sur nos fermes, le nombre de postes non pourvus ne cesse de progresser.
Or, l’agriculture offre une diversité importante des emplois proposés (en bovins viande, en lait, en porcs, machinisme agricole, maraîchage, paysagiste, viticulture, arboriculture ou volailles…). De nouveaux emplois apparaissent comme par exemple une embauche spécifique pour gérer une unité de méthanisation. La diversité se retrouve aussi dans les conditions de travail avec des amplitudes très variables selon les productions ou l’organisation (horaires atypiques, astreinte, weekend, saisonnier, etc.). Les profils attendus concernent à la fois des postes spécialisés et des postes polyvalents (laits et cultures, conduite de tracteur, travail du sol ou livraisons en maraichage de plein champ). La diversité au niveau des responsabilités : postes d’agent exécutant des tâches simples, techniciens et responsables … La diversité est aussi liée à la variété des contrats : CDI, CDD, saisonnier, remplacement temporaire… Une diversité d’employeurs existe, individuels ou en sociétés, entreprises de travaux et Cuma, groupements d’employeurs…

Il est primordial pour l’agriculture de demain de savoir valoriser tous ces atouts de notre profession auprès de la jeunesse. Ouvrons leurs nos fermes ; montrons leurs nos savoirs et nos compétences ; faisons de notre agriculture un métier d’avenir, fun, qui a du sens et porteur de valeurs saines et humaines.

Il n’y a pas que l’agriculture qui manque de main d’oeuvre. Le métier de comptable n’attire pas la jeunesse depuis des décennies au point que les
départs en retraite ne sont plus suffisamment compensés par des jeunes diplômés. L’Afocg n’échappe pas à ce constat comme bon nombre d’autres associations de gestion ou de cabinets comptables. Ce n’est pas faute de mettre les moyens matériels, financiers et sociaux pour attirer les talents. Et quand il s’agit de trouver un comptable ayant la compétence spécifique de la comptabilité – gestion – fiscalité agricole, le défi est encore plus grand. Notre modèle n’est pas en cause. Quand de trop rares candidat.e.s postulent à nos offres d’emplois, notre modèle associatif répond à leurs attentes.

N’hésitez pas à faire savoir autour de vous que l’Afocg recrute des techniciens de gestion formés et compétents dans le domaine agricole. N’hésitez pas à dire à la jeunesse qui cherche un métier d’avenir que les métiers de la comptabilité recrutent et qu’avant d’être un travail de bureau c’est d’abord un métier de contacts humains.

Notre métier de comptable évolue à grande vitesse avec le déploiement massif de la numérisation, de l’intelligence artificielle, de l’arrivée des factures électroniques. L’Afocg se dote de moyens pour accompagner cette évolution tout en maintenant une exigence encrée dans nos gênes : la recherche de l’autonomie de nos adhérents. C’est un équilibre complexe à trouver mais une exigence nécessaire pour maintenir notre offre de service et attirer les futur.e.s salarié.e.s de l’Afocg.

Sécurité alimentaire, un défi inédit.

Changement climatique, guerre en Ukraine, crises géopolitiques : un cocktail détonnant qui va à l’encontre d’une sécurité alimentaire nécessaire.
Nous sommes face à un défi inédit dans l’histoire de l’humanité sur lequel il est urgent de se pencher pour conserver une certaine sécurité alimentaire. Quels que soient les types de production agricole (élevage, céréales, polyculture, arboriculture, viticulture…) c’est l’agriculture dans son intégralité, sur l’ensemble de la planète qui est impactée par le changement climatique.
Des printemps plus précoces, avec gelées et fortes pluies qui impactent les vignes et les vergers ; l’absence d’hivers rigoureux qui fait apparaître des problèmes de dormance sur les végétaux ; des pics de chaleurs estivaux impactant les cultures, les prairies et les animaux… « Oui la sécurité alimentaire est menacée par ce chaos climatique » indique Gilles Luneau journaliste et grand reporter, dans son livre « Les paysans face au chaos climatique ». Si au delà des aléas de production liés au climat, vous devez faire face à une pandémie ou à des tensions internationales, la sécurité se trouve menacée.

Sur les conséquences de la guerre en Ukraine, les analystes sont unanimes. « La situation actuelle augure d’une crise mondiale d’une ampleur jamais
atteinte. Les prix alimentaires atteignent des niveaux dignes du premier choc pétrolier, et dépassent très largement les indices de 2008, qui avaient conduit aux émeutes de la faim » estime Jacques Carles, Président d’Agricultures et Stratégies. Face aux craintes des importateurs, les marchés ont en effet répondu avec une intensité et une rapidité presque inédites. La combinaison de plusieurs facteurs est à l’origine de cette réaction : craintes de manque de disponibilité des céréales sur un marché déjà tendu, dans un contexte d’inflation galopante lié à la hausse des prix de l’énergie. Un cocktail explosif, qui va nécessairement conduire à d’importantes tensions géopolitiques pour les pays dont la sécurité alimentaire dépend de l’approvisionnement extérieur (au moins quinze pays d’Afrique dépendent à plus de 50 % de leur approvisionnement en céréales de la Russie et de l’Ukraine), mais également pour les pays autonomes en alimentation mais déficitaires en énergie.

Aujourd’hui, les politiques apportent des réponses strictement technologiques aux problèmes environnementaux. Pour la prochaine PAC post 2022, il est regrettable de constater que le réchauffement climatique et ses conséquences sont absents. En France, force est de constater que le Plan Stratégique National (PSN) ne répond pas non plus pleinement à cet enjeu : il faut arrêter de subventionner les pratiques agricoles anticlimatiques. Seules les productions qui s’inscrivent dans la dynamique du vivant devraient être aidées. De même, la PAC n’ambitionne pas suffisamment d’une autonomie stratégique pour sa production alimentaire. Le défi qui se présente à nous est immense et inédit : renforcer nos capacités d’autonomie et de sécurité alimentaire tout en réussissant une transition agroécologique d’envergure nécessaire.

L’agritourisme, un tourisme durable.

Le développement des activités d’accueil touristique en milieu rural se confirme depuis plus d’une vingtaine d’années. Les prestations sont réalisées soit par des agriculteurs qui diversifient leurs activités agricoles, soit par des personnes nouvellement installées en milieu rural qui aspirent à un nouveau cadre de vie et qui, à ce titre, mettent en place de véritables activités économiques.

Les touristes cherchent de plus en plus à se mettre au vert durant leurs vacances pour échapper à un quotidien stressant tout en se ressourçant au sein de vastes espaces naturels. Ils sont également à la recherche de séjours authentiques durant lesquels ils ont l’occasion d’échanger avec des locaux et d’apprendre des nouvelles choses. L’agritourisme répond à toutes ces attentes et convient aux grands comme aux petits. Les zones rurales bénéficient ainsi de retombées économiques conséquentes et ce type de tourisme permet d’accroitre la fréquentation touristique de ces espaces.
Il existe en France deux grands organismes qualifiant ce type de séjours, Accueil Paysan et Bienvenue à la Ferme. Les prestations touristiques proposées par ces fédérations reposent notamment sur des prestations d’hébergement, de restauration, de loisirs et de ventes de produits fermiers ou artisanaux, de visite de fermes pédagogiques, des activités culturelles et bien d’autres encore y compris des actions sociales par l’accueil des personnes en situation de handicap, de réinsertion, …

L’agritourisme est un tourisme durable d’un point de vue socioéconomique et environnemental. Source de revenus (supplémentaires) pour les agriculteurs, il leur permet de pérenniser leurs activités et leur patrimoine. Concept encourageant pour les petits et moyens producteurs, c’est aussi un outil qui contribue à diffuser l’identité et l’activité des territoires. De plus, il favorise la création de circuits courts en mettant en avant la dégustation de produits du terroir, fabriqués sur place, généralement dans le respect de l’environnement.
L’agritourisme est une excellente opportunité pour les agriculteurs d’expliquer leurs métiers, leurs pratiques, comment ils façonnent les territoires ruraux et de montrer comment ils nourrissent la population. C’est aussi une source d’équilibre de vie pour certains agriculteurs qui ont besoin de ces échanges et de cette « ouverture d’esprit » à d’autres horizons que leur propre ferme.

Pour mettre en place ou gérer une activité touristique sur sa ferme, les prestataires concernés sont soumis à une réglementation extrêmement dense et complexe qui ne peut pas être ignorée. C’est pourquoi l’Afocg propose des formations adaptées et spécifiques à l’accueil touristique. Ses conseillers sont compétents pour accompagner vos projets et votre gestion au quotidien tant sur des aspects économiques, financiers, fiscaux, juridiques que réglementaires.

Cette thématique de l’agritourisme sera au cœur de notre prochaine assemblée générale ordinaire qui se déroulera le 29 mars 2022 à la Gaubretière (85) où nous serons heureux de vous accueillir pour partager un temps essentiel dans la vie associative de l’Afocg.
Le bureau

AGRICULTURE ET ENERGIES RENOUVELABLES

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) ont montré le 12/01/2021, en concluant un accord de collaboration, leur détermination constante à accélérer le déploiement des technologies liées aux énergies dans les filières du secteur agroalimentaire, de l’agriculture, de la pêche et des forêts, ainsi que la transition vers des bioénergies durables.
Au titre de cette collaboration renforcée, la FAO et l’IRENA se donnent pour objectifs :

  • D’approfondir et d’affiner les connaissances relatives aux liens qui existent entre l’énergie, l’alimentation et l’eau,
  • Et de stimuler les efforts conjoints dans le cadre de projets et d’activités. Cela passe notamment par le renforcement des capacités, l’échange de connaissances, la formulation d’avis sur mesure concernant les politiques et la mise en place d’initiatives de financement.

Par ailleurs, cette collaboration aidera les pays à réaliser leur potentiel dans le domaine des bioénergies durables, à planifier leur transition énergétique et à établir des stratégies de neutralité en matière de gaz à effet de serre.

L’Agriculture est actrice du développement des énergies renouvelables. En 2015, une étude de l’ADEME a mis en évidence que les exploitations agricoles produisaient autant d’énergies renouvelables qu’elles consommaient des énergies conventionnelles. La contribution des fermes dans la transition énergétique en cours prend plusieurs formes :

  • La production, l’autoconsommation et la vente d’électricité (photovoltaïque, méthanisation),
  • La production et la vente de biomasse pour la production d’énergies renouvelables (cultures pour les biocarburants et la méthanisation, bois pour la chaleur),
  • La mise à disposition de surfaces pour l’installation d’éoliennes ou de panneaux solaires,

En fonction des situations, pour nos fermes, produire de l’énergie renouvelable :

  • Est une source de revenus complémentaires avec des contractualisations de longues durées,
  • Permet de gérer les effluents d’élevage,
  • Favorise la production d’éléments fertilisants (digestat) engendrant des économies d’azote,
  • Autorise le financement de bâtiments agricoles via le photovoltaïque,
  • Rend des services agro-écologiques pertinents notamment pour la protection des sols, de l’eau et de la biodiversité.

Comme toutes opportunités, les énergies renouvelables ont leurs zones d’ombre, de menaces. Les nombreuses oppositions aux projets éoliens ou méthaniseurs montrent que ce sujet est clivant. Force est de constater que certaines unités, trop dépendantes des cultures (méthaniseurs) ou causes de pollutions accidentelles (destruction d’éolienne suite à un gros coup de vent) jettent le doute et les critiques sur la filière.

Produire du maïs (irrigué à partir de réserves d’eau financées en partie par des subventions publiques) pour alimenter un méthaniseur est une menace réelle pour l’Agriculture : la production d’énergie ne doit pas entrer en concurrence avec la production alimentaire et de fourrages au risque d’incidences à terme d’inflation sur le prix des terres agricoles, d’inflation du prix de la paille, de concurrence sur la disponibilité de l’eau pour des cultures à destination alimentaire, etc…

Autre exemple, la destruction accidentelle d’une éolienne suite à un coup de vent dans le sud Vendée interdit l’utilisation des terres agricoles dans un rayon de 600 mètres tant que la zone n’aura pas été intégralement nettoyée : pas de productions agricoles possibles ou d’interventions sur les sols sur cette zone pendant ce temps.

Concernant le photovoltaïque, le recyclage des matériaux utilisés dans 10, 15, 20 ans quand ces panneaux seront en fin de vie, sera une problématique à traiter avec attention pour éviter tout impact sur l’environnement. Quant aux projets de panneaux photovoltaïques au sol, ils consomment de la surface agricole. Si ces projets au sol ne sont pas associés à de l’élevage de ruminants par exemple pour valoriser l’herbe, la production d’énergie non fossile va dans ce cas à l’encontre de la production agricole.

Pour autant, Oui, l’Agriculture occupe un rôle primordial dans la transition énergétique et doit continuer à être actrice de ce mouvement.

Produire de l’énergie renouvelable est une opportunité indéniable pour l’Agriculture. Mais ce déploiement ne doit pas se faire au détriment de fondamentaux : des unités de productions à taille humaine ; la prise en compte du voisinage lors de la mise en place d’une unité de méthanisation, d’un parc éolien, afin que ces projets soient supportables et acceptés ; la ferme doit rester transmissible ; tout prélèvement d’eau pour irriguer des cultures destinées au méthaniseur doit être interdite ; la destination de l’énergie produite doit être autant que possible liée à une consommation durable et locale ; l’agroécologie doit rester compatible avec tout projet ; …/…

N’oublions pas que toute unité d’énergie non consommée est bien plus valorisante d’un point de vue économique, agroécologique, pour le climat et l’avenir de la planète que celle produite à base d’énergies renouvelables !

Le Bureau