L’élevage chahuté…

Dans le prolongement de notre édito d’octobre, revenons sur les contestations fortes qui portent sur l’élevage.

Depuis plusieurs années et dans toute l’Europe, l’élevage est la cible de nombreuses critiques : la société civile interpelle l’ensemble des acteurs des filières animales sur leurs pratiques. Pour les éleveurs, c’est le sens même de leur métier qui est remis en cause.

Quatre thématiques font actuellement l’objet de débats : le bien-être animal, la pollution (nitrates, gaz à effet de serre,…), le risque sanitaire et enfin le modèle « industriel » dominant de l’élevage.

Dans ces controverses, chacun cherche à rallier l’opinion publique à sa cause en argumentant avec des écrits, des enquêtes « chocs », qui remettent en question le modèle agricole dominant (exemple de L214 contre les abattoirs avec prise à partie du public).

Certes, la société a bien évolué et le débat autour de l’élevage s’explique par la transformation des pratiques agricoles (révolution industrielle, éloignement des abattoirs,…) et une intensification de la production. Elle s’explique aussi par des rapports à la nature qui évoluent (animaux de compagnie, etc..), des questions sur la santé (ne mange-t-on pas trop de viande ?). Par ailleurs, la crise de la vache folle de 1996-2000 a créé une crise de confiance profonde et durable.

En guise de réponse, le politique a proposé un durcissement de la réglementation, a octroyé des subventions pour l’amélioration des pratiques et a favorisé l’émergence de chartes ou de labels. Les filières ont, quant à elles, mieux communiqué en organisant des portes ouvertes et utilisé les réseaux sociaux pour montrer qu’elles « travaillent bien » et qu’elles « améliorent leurs pratiques ».

Cependant, la tendance de fond est une montée en puissance des préoccupations autour de l’élevage avec un impact sur la consommation de viande.

Mais, quelles audiences et que représentent réellement les divers « groupes » d’opinion ? Allons-nous vers de nouveaux modèles alimentaires et une remise en cause profonde des systèmes de production perçus comme « industriels » ?

Face à cet engouement médiatique, il semble nécessaire de mieux comprendre les évolutions et les demandes de notre société. Ce sont sur ces questions que nous vous proposons de débattre lors de notre assemblée générale du 1er février 2018 qui se tiendra, cette année, aux Landes Génusson (Vendée).

Le Bureau

Communiquer positivement…

Les relations entre agriculture et grand public deviennent de plus en plus compliquées. Entre fragments de réalité, fausses nouvelles, ignorance des enjeux et vision idéalisée, des clichés sont habilement utilisés. La réalité est extrêmement plus complexe mais elle comporte des dérives qui ne sont pas acceptables.

Deux exemples montrent la nécessité d’une communication plus positive du monde agricole : la saga du glyphosate et le débat sur le bien-être animal.

Pour le glyphosate (principe actif du célèbre herbicide Roundup) pesticide le plus utilisé au monde au cours des vingt dernières années, il est devenu le socle du modèle agricole dominant.
La remise en cause de l’utilisation du glyphosate sous la pression d’une opinion publique et de consommateurs de plus en plus mobilisés contre les dégâts sanitaires et environnementaux, suscite parfois des réactions virulentes de part et d’autres. L’arrêt du glyphosate, c’est la remise en cause du modèle agricole dominant. Pour être efficace et efficient, les agriculteurs ont besoin d’un plan de sortie de l’herbicide miracle. Une harmonisation des règles au niveau européen et une exigence de cohérence sur le plan mondial sont nécessaires. Pour autant, il ne faut pas tout attendre des pouvoirs publics.
Les paysans travaillent déjà sur d’autres pratiques agricoles et remettent l’agronomie au cœur du système.

Pour le bien-être animal, les contraintes sont de plus en plus fortes. Elles n’émanent pas que de la réglementation européenne mais aussi (et de plus en plus) des consommateurs. Il ne s’agit plus seulement de produire et de vendre mais de créer un lien durable entre éleveurs et consommateurs. En effet, des enquêtes montrent que le consentement à payer le bien-être animal est plus important que bien d’autres critères. La révolution digitale facilitera l’étiquetage et permettra d’affecter un prix en fonction de divers critères, dont le bien-être.

Les élevages hors sol sont aux normes mais ils ne répondent pas aux nouvelles attentes de la société. Il faudra évoluer et transformer ces nouvelles contraintes en atouts pour vendre plus et mieux.
La vente directe, l’accueil à la ferme sont des moyens formidables pour entrer en contact avec les consommateurs-citoyens, leur montrer et expliquer les enjeux de la production agricole et les compromis que doivent constamment faire les producteurs.

Il faut communiquer positivement, en expliquant que la réalité n’est pas aussi simple et que la majorité des producteurs est profondément animée par une logique de respect de la nature et de l’animal.

Le Bureau

Retrouver de la valeur (ajoutée) !

Bien que régulièrement citée dans les discours (« capter de la valeur ajoutée »), la valeur ajoutée est peu utilisée dans les analyses de gestion et n’est souvent pas mesurée sur les exploitations. Pourtant, son analyse compléterait judicieusement le sacro-saint EBE (Excédent Brut d’Exploitation) alors que nous sommes passés d’une période très stable à une aire de grande volatilité : diminution des aides, filières en restructuration, instabilité des prix des produits et des intrants, …

La valeur ajoutée mesure la richesse créée à partir des consommations intermédiaires et permet donc de mesurer la valeur intrinsèque d’une exploitation agricole ou d’un projet hors politiques publiques. Elle permet aussi de vérifier l’efficacité d’un système de production et l’efficience de la main d’œuvre. Plus on a de valeur ajoutée, mieux on pourra rémunérer la main d’œuvre. Gérer, c’est d’abord faire des choix entre efficacité, efficience et robustesse d’un système face aux aléas (climatiques, économiques, …).

Pour nos grands-parents, le travail était le pilier de l’activité agricole et souvent de leur réussite. Pour la génération de nos parents, le capital a pris le pas. Les critères de réussite sont devenus le nombre d’hectares, d’animaux, le chiffre d’affaires : plus on produisait, plus on gagnait ! Depuis les années 1990, on entre progressivement dans une approche de réduction des coûts où la notion de valeur ajoutée devient un axe d’analyse économique important pour les exploitations. On passe du « Combien je produis » au « Comment je produis ». Produire plus s’avère, dans certaines situations, problématique (endettement, travail,…).

Des groupes d’agriculteurs sont, depuis de nombreuses années, à la recherche d’une meilleure valeur ajoutée par des façons de produire plus économes et sobres (Civam, Agriculture de conservation, TCS, etc…), par l’agriculture biologique (économe en intrants et valorisant les produits) ou par la transformation et la commercialisation de la production permettant ainsi de mieux valoriser les produits.

Des initiatives récentes de coopératives mettent en avant la proximité avec des moyens collectifs plus importants. On peut, par exemple, citer la création d’un site Internet par la Cavac qui vise à créer une dynamique autour des circuits courts pour ses adhérents concernés par la vente à la ferme. De son côté, la Cooperl commence à installer des magasins à la ferme chez ses producteurs. C’est la carte de la proximité et de la qualité qui sont mis en avant en phase avec la demande du consommateur.

L’implication des coopératives dans le développement de réseaux de vente de produits de proximité est-elle une mauvaise chose comme certains l’exprime ?

Le plus important reste, une fois de plus, que l’agriculteur ne soit pas dépossédé de la part de valeur ajoutée qui lui revienne. Pas si simple.

Le Bureau

Le temps de la campagne… PAC

En 2016, l’agriculture française a connu une des années les plus sombres de son histoire. Les agriculteurs pour la plupart souffrent. A la crise de l’élevage bovin de 2015 a succédé en 2016 une année météo catastrophique qui a aussi touché les céréaliers. L’INSEE annonce une perte de revenu de 26 % en 2016 alors que selon la MSA, un tiers des agriculteurs gagne moins de 400 euros par mois.

Nous entrons dans une phase de négociations et d’arbitrages pour définir les grandes lignes de la PAC de l’après 2020. Mais, pour la plupart d’entre nous, les aides 2015 ne sont toujours pas soldées, et il faut se préparer à faire sa déclaration 2017. 3 campagnes vont donc se superposer… Bien difficile de s’y retrouver.

L’équipe de conseillers PAC de l’Afocg met tout en œuvre en termes de compétences et d’organisation pour pouvoir répondre à vos attentes dans des conditions parfois compliquées du fait des délais.

Avec ce numéro de notre bulletin d’informations, vous trouverez, comme chaque année, le supplément PAC actualisé, qui nous l’espérons vous aidera dans votre déclaration.

Face à toutes ces difficultés, nous serons, une fois encore, disponibles pour répondre à vos attentes et besoins.

Le Bureau

Produire, Travailler, Gagner sa vie et Transmettre :

Notre Assemblée Générale du 7 février a été l’occasion de réfléchir sur des outils de gestion connus (coûts de production, évaluation de l’entreprise lors d’une transmission,…) et sur des orientations nouvelles (agriculture biologique, transformation, circuits courts,…) dans un contexte économique dégradé.

PRODUIRE, TRAVAILLER, GAGNER SA VIE …,

L’ambition d’un accompagnement performant, participant à la réflexion de chacun, nous amène à adapter régulièrement nos outils d’analyse.

Bien que l’étude des coûts de production, remise au goût du jour à chaque crise, ne soit pas nouvelle, nous avons systématisé son calcul pour répondre également aux demandes de différents partenaires. Des pistes d’amélioration des coûts de production ont été présentées lors de l’AG.

L’agriculture est de plus en plus diversifiée dans ses modes de production. La demande des consommateurs, les préoccupations environnementales et sociétales font que nombre d’agriculteurs ont fait le choix de la valeur ajoutée (transformation, vente directe, agriculture biologique, production d’énergie…). Malgré les mises en avant médiatiques de ces modèles de production, il ne faut pas occulter les piliers essentiels de toute entreprise qui demeurent la viabilité économique et la vivabilité, pas toujours au rendez-vous… La production de références à partir de nos adhérents engagés en agriculture biologique ou en vente directe a été l’occasion de réfléchir en AG. Ces données permettent d’avoir des repères qu’il est indispensable d’adapter à chaque situation, unique.

…ET TRANSMETTRE,

La transmission d’une exploitation agricole ne se résume pas à une transaction économique, financière et des modifications juridiques. C’est un véritable passage de relais entre un cédant et un repreneur. Ce passage doit s’appréhender comme un projet qui demande du temps et qui doit donc être anticipé.

Des outils d’évaluation existent, mais ils ne sont que des bases pour la négociation entre cédants et repreneurs.

Nous constatons souvent qu’une transmission non préparée se traduit, généralement, par un agrandissement et donc la disparition de l’exploitation cédée.  Aussi, nous avons donc mis en place, il y a plus de 15 ans, des formations sur le thème de la transmission-installation.

La transmission, c’est avant tout un passage de relais !

Les mutations en cours, l’extrême volatilité des prix et les adaptations et remises en cause que cela engendre confortent l’Afocg dans sa volonté de formation des adhérents.

Comprendre la situation de l’agriculture, dans un monde en perpétuel changement permet de donner les bases indispensables pour anticiper et s’adapter.

La formation collective est notre approche historique et reste prioritaire. Cependant, l’accompagnement individuel est aussi nécessaire, parce que les entreprises sont singulières et les réponses spécifiques. C’est pourquoi l’association met à votre disposition les 2 outils, formation collective et étude de projets individuels.

Nos objectifs essentiels sont donc toujours de maintenir un service de qualité, dans sa nature comme dans ses valeurs : autonomie, anticipation, convivialité, solidarité…, et de permettre à l’adhérent de rester « maître » de ses chiffres et de ses décisions, d’appréhender les enjeux économiques agricoles,…

Enfin, l’Afocg ne souhaite pas opposer les systèmes de production entre eux, car ils ont tous « leur raison d’être ». Pour une Association de Gestion et de Comptabilité, une des missions essentielles est d’aider nos adhérents dans leur prise de décision, et pour cela donner l’information la plus large possible sur le contexte global de l’agriculture. Mais, notre métier est aussi d’apporter des éléments de réflexion interne aux exploitations pour que chacun puisse raisonner et élaborer sa propre stratégie, avec le maximum de cartes en main.

Le Bureau

APRÈS LE BREXIT, TRUMP ! QUELLES CONSÉQUENCES POUR L’AGRICULTURE ?

Donald Trump a été élu, à 70 ans, 45ème président des Etats-Unis. Faut-il s’en inquiéter ? Pourra-t-il mettre son discours controversé en pratique ? Pour le moment il est difficile de savoir jusqu’où l’homme d’affaires pourra bien aller !

Pour l’agriculture américaine, le Farm Bill et la politique agricole n’étant pas dans les attributions directes du président (mais du parlement), une certaine continuité devrait s’observer. L’équipe Trump a, en effet, confirmé le maintien de l’aide alimentaire au sein du Farm Bill et se positionne en faveur des biocarburants. Concernant les 2 millions d’immigrés illégaux travaillant chaque année dans les exploitations américaines, il est fort probable que rien ne soit fait pour limiter cette main d’œuvre afin de ne pas pénaliser les farmers. Depuis son élection, Trump a montré sa capacité à oublier ses promesses de campagne…

Cependant, Trump a des positions très dures vis-à-vis du libre-échange et de l’OMC. Le Tafta, déjà malmené par les européens, risque fort de disparaître avec Trump. Est-ce pour autant une bonne nouvelle pour l’agriculture européenne ?La lutte contre la volatilité des prix pourrait être plus difficile encore dans les années à venir en absence de coordination internationale.

Le manque de stratégie agricole européenne et le Brexit fragilisent l’Europe qui doit désormais, en plus, faire face à 2 dirigeants forts : Poutine et Trump ! Par ailleurs, la Chine ne cache pas ses ambitions sur l’agroalimentaire européen pour relever le défi de nourrir sa population (ex : la Chine vient d’implanter une usine de poudre de lait en Bretagne).

L’autre inconnue est l’effet qu’aura la politique économique du nouveau président américain sur la parité monétaire dollar-euro. Celle-ci pourrait avoir des conséquences négatives pour les producteurs français : une baisse du dollar entrainant une baisse de compétitivité de nos
produits à l’exportation.

Enfin, Trump ne cache pas son hostilité sur l’environnement et le réchauffement climatique qualifié de « canular des chinois » pendant la campagne. Il vient de nommer un climato-septique à la tête de l’agence de la protection de l’environnement. Ce qui n’est pas de bon augure, d’autant plus que l’accord de Paris sur le climat de 2015 n’est pas un traité : il n’a ni valeur juridique, ni sanction.

Pas besoin d’y renoncer, il suffi t de ne pas respecter ses engagements ! Mais Trump devra aussi composer avec le Parlement, pas forcément en phase avec ses idées, et également avec des entreprises ayant déjà investi dans des infrastructures à bas carbone…

Le Bureau

Temps de cochon !

Un immense désarroi s’est emparé des éleveurs français en cette fin d’été. Colère mais aussi lassitude. Pour les producteurs de porcs, au moins, le marché chinois offre un moment de répit. Déstabilisés par une crise inédite par sa durée, les producteurs de lait ont aussi vu leurs rendements chuter en céréales et en maïs. La récolte record annoncée chez les grands pays producteurs de céréales ne permettra certainement pas de compensation par les prix.

Avec son appétit pour les matières premières, Pékin fait la pluie et le beau temps sur les marchés du porc ou du lait et influence grandement les transactions de soja. Chance et malédiction pour les exportateurs soumis aux décisions brutales de la Chine.

Paradoxe de l’agroalimentaire français : deux de ses leaders ont fait la une en pratiquant des prix inférieurs à la concurrence. Lactalis, le N°1 mondial du lait avec ses 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a limité le prix du lait payé au producteur, avant de lâcher sous la pression des éleveurs et pour ménager son image.

Pour le porc, c’est la Cooperl qui diminue le prix payé à ses 2 700 éleveurs dénonçant un « prix politique » incompatible avec la concurrence. Pourtant, depuis juin, la Chine a ouvert ses portes à l’export. Une occasion inespérée offerte aux producteurs lourdement endettés de renflouer leur trésorerie.

L’élevage français est en souffrance. Un des remèdes semble aujourd’hui connu : « La montée en gamme » des produits laitiers et de la viande française laissant la porte ouverte à d’autres modèles basés sur la qualité. Et ceci avec le concours, certes un peu forcé, de la grande distribution jouant, enfin, le jeu des produits français. A terme, cela permettrait de gagner des parts de marché à l’exportation.

Il faut espérer que cette stratégie de la qualité engendrera des jours meilleurs pour les éleveurs !

Le Bureau.

Solidaire avec les paysans

Devant la détresse réelle de beaucoup d’agriculteurs, il faudrait être bien insensible pour ne pas être touché par certaines situations vécues, parfois dramatiques !

Car, il faut le dire, dans la chaîne qui aboutit à la fixation des prix alimentaires, la principale variable d’ajustement est le prix payé aux agriculteurs. C’est à eux de s’aligner à la baisse. Ce qui aboutit à des revenus parfois indécents.

Bien que les situations soient extrêmement contrastées entre paysans, la souffrance est bien là. Au point que même le suicide rôde dans les campagnes… et pas d’éclaircies à l’horizon...

Quelles réelles solidarités trouve-t-on chez les « consommateurs » ne pensant bien souvent qu’au prix, voulant payer le moins cher possible ?

La plupart des agriculteurs ne demandent pas la lune… seulement une rémunération de leur travail au juste prix. En tant que consommateurs, nous devons faire des efforts. Payer un peu plus cher notre nourriture ! Alors que la part des dépenses d’alimentation dans le budget des ménages français s’élevait à 35 % en 1960, elle est aujourd’hui tombée à 15 %. Cette guerre des prix a provoqué « l’industrialisation » de l’agriculture mais ajouté de la fragilité (trésorerie, rentabilité,...), semant parfois la désolation dans nos campagnes.

Une grande partie de cette baisse du coût de l’alimentation est certainement justifiée par les gains de productivité. Une autre est le fruit d’une concurrence exacerbée entre pays producteurs, dans un contexte de bas coût de l’énergie.

Chacun doit aussi se poser des questions ! Les agriculteurs en premier, trop dispersés par un individualisme grandissant… La profession doit également assumer sa part de responsabilité… Le gouvernement ne pourra se satisfaire de saupoudrer quelques subventions supplémentaires en fonction du nombre de manifestants (de tracteurs…) dans les rues… Quant à l’Union Européenne, a-t-elle une stratégie pour l’agriculture européenne ? D’autant que d’autres urgences mettent à mal son existence même…

L’agriculture n’est pas un service marchand comme un autre, les paysans produisent bien davantage que des aliments : des paysages, de la biodiversité, etc… sans parler des millions d’emplois directs et indirects indispensables pour la vie des territoires ruraux…

Notre structure, l’Afocg, met en place des solidarités envers les agriculteurs en difficulté (crédit d’heures, appui gracieux aux demandes d’aides, …). Cela fait partie de nos valeurs et de notre histoire…. mais à titre individuel, nous, agriculteurs ou salariés, sommes-nous toujours « solidaires » dans nos actes d’achat quotidiens ? Et, sommes-nous vraiment présents et à l’écoute des difficultés de nos voisins… ?

Le Bureau.

Plus d’autonomies pour faire face aux crises

Face au contexte d’incertitudes et le désarroi vécu actuellement par le monde agricole, nous pensons important de revenir sur la notion « d’autonomie » qui se veut être le cœur de notre vision de la gestion des exploitations agricoles.

Qu’entendons-nous par autonomie ?

La notion d’autonomie est à la fois la capacité d’être maître de ses choix, de ses décisions et la possibilité d’exercer cette capacité. Dit autrement, c’est ne pas laisser les autres décider à sa place et garder un système en phase avec ses objectifs !

Face à une conjoncture de plus en plus instable, la fin des quotas, la réforme de la Pac, les incidents climatiques, sanitaires… pour maintenir le cap dans une exploitation, l’autonomie est primordiale.

Si l’autonomie alimentaire est souvent évoquée, il ne faut pas perdre de vue qu’avant tout, se sont les hommes et les femmes qui sont au centre de l’entreprise et qui doivent être les décisionnaires.

L’agriculteur reste et doit rester maître à bord car c’est lui qui engage et s’engage pour plusieurs années.

Les responsables d’exploitation doivent prendre le temps de s’arrêter et de réfléchir : « Où est-ce que je vais ? ». Ne pas prendre de recul peut vite être dangereux. Si tous les facteurs ne sont pas connus et maîtrisables, ils doivent au moins être cohérents avec les objectifs du ou des chefs d’exploitation. Il n’est pas toujours facile de réfléchir seul, les structures collectives de réflexion permettent d’y voir plus clair.

On peut distinguer 3 formes d’autonomie :

1 - L’autonomie décisionnelle qui est la capacité de l’agriculteur à analyser les atouts et contraintes externes (contexte agricole et économique) et internes (contexte pédoclimatique, savoir-faire du paysan…) de son exploitation afin de choisir les modes de production, de commercialisation et de financement qui répondront efficacement à ses objectifs (par ex : accroître le revenu, dégager du temps libre…).

2 - L’autonomie économique est la capacité à dégager un revenu disponible suffi sant qui rémunère le travail et assure l’autofinancement de l’entreprise.

3 - L’autonomie technique mesure le lien aux fournisseurs. La plus ou moins grande dépendance dans l’achat des approvisionnements entraîne une plus ou moins grande vulnérabilité économique (dépendance par rapport aux prix) et technique (moindre maîtrise de la composition des aliments…).

Que permet la comptabilité – gestion en terme d’autonomie ?

Parfois les décisions de gestion doivent être prises rapidement. Certains problèmes peuvent être anticipés
(découvert bancaire…) à condition d’évaluer à l’avance l’évolution de la situation de l’exploitation. Il faut connaître le marché, sa production, ses clients, sa situation financière…

Sur le long terme, des questions clés se posent et méritent une réflexion approfondie :
A qui vendre ? Sous quelle forme ? A quel prix ? Quel est mon coût de revient ?
Faut-il emprunter ou utiliser ses économies pour financer un nouvel investissement ?
Aurai-je assez de trésorerie ? Doit-on demander un prêt ?
Doit-on accepter une subvention, sachant les obligations liées ?
Puis-je financer un salarié ?

L’acquisition des notions de gestion et de comptabilité permettent l’analyse des données nécessaires pour répondre à ces questions.

S’il est possible de faire appel à un « expert », l’agriculteur est le seul à avoir tous les éléments en main, rapidement, pour mesurer la situation et prendre la meilleure décision. Faire soi-même sa comptabilité est souhaitable, mais il faut avant tout savoir à quoi elle sert et donc acquérir des notions de gestion.

L’autonomie, ce n’est pas uniquement de faire soi-même la saisie de ses factures. Cela y contribue, mais c’est bien insuffisant ! Et il est aussi bien sûr possible d’être autonome dans ses choix et ses décisions sans pour autant faire la saisie de ses factures, à conditions d’avoir les outils pour lire et analyser ses documents de gestion !

La recherche d’autonomie nécessite aussi une réflexion globale sur son exploitation et passe souvent par de nouveaux modes de production. Il est plus facile d’être autonome lorsque l’on travaille avec un volume de production maîtrisé et des ateliers à taille humaine.

L’optimisation des outils de production doit se faire avant tout selon les contraintes de l’exploitation – sans oublier d’intégrer l’aspect main-d’oeuvre – et en lien avec les objectifs du ou des chefs d’exploitation. Toute incohérence se traduira sur les performances techniques et donc économiques.

Pour être plus autonome économiquement, l’agriculteur doit améliorer sa « marge nette » à l’unité produite, c’est-à-dire diminuer ses charges et/ou mieux valoriser ses produits.

Il devient alors inévitable de connaître son prix d’équilibre, le coût de revient et d’anticiper les besoins de trésorerie de l’exploitation. Ces données aideront à prendre des décisions.

Autonomie ne signifie pas autarcie

Au contraire, l’autonomie repose pour une grande part sur l’échange, le travail en commun, la complémentarité avec les autres producteurs et acteurs locaux. Il s’agit de valoriser au maximum les ressources humaines, techniques et financières présentes localement.

Nous vivons actuellement, y compris en agriculture, une « révolution » numérique qui tend à vouloir  dématérialiser de nombreuses procédures et déclarations (impôts, PAC, …). En soi, la dématérialisation des procédures n’a que peu d’impact sur l’autonomie. Le numérique peut au contraire favoriser l’accès à plus d’informations et aider l’analyse de ces données. Mais il faut cependant rester vigilant et continuer de maitriser l’ensemble des informations de son exploitation nécessaire à la prise de décision, et ne pas se faire déposséder de ses propres données qui peuvent aussi être utilisées à d’autres fins…

Face à la crise des mondes agricoles, le constat que nous faisons est sans appel. La crise touche avant tout les agriculteurs les moins autonomes souvent piégés par des structures amont et aval qui leur ont enlevé leur liberté de choisir (leur autonomie).

Plus les agriculteurs sont autonomes (dans les choix, les intrants, les finances, les modes de production et de commercialisation, …) et moins ils sont sensibles et vulnérables aux crises agricoles.

Car sans autonomie, les marges de décision sont faibles…

COP 21

La COP 21 vient de se terminer. Difficile de passer à côté ! Souvent accusée de tous les maux, l’agriculture se doit d’être une solution face aux défi s du changement climatique.

L’agriculture doit répondre à un triple défi :
• Nourrir 9 milliards d’habitants en 2050,
• Limiter l’empreinte des activités agricoles sur l’effet de serre,
• Adapter les pratiques et les systèmes aux évolutions du climat.

Les impacts du changement climatique se font déjà sentir sur l’agriculture. Dans la plupart des régions du monde, une stagnation des rendements agricoles est observée pour certaines cultures. Le Groupe international d’experts sur le climat (Giec) a démontré que la survenue des phénomènes extrêmes (sécheresses, inondations…), conduirait à la réduction des rendements, mettant en cause directement la productivité agricole et la capacité que le monde aura à se nourrir.

L’agriculture est également contributrice du changement climatique à hauteur de 18,6 %. Mais elle est aussi et surtout une solution, car l’agriculture a un potentiel de réduction des émissions qui est estimé de 20 à 60 % d’ici 2030.

Certaines pratiques agricoles permettent de réduire considérablement les émissions. Comme par exemple, toutes les pratiques agro-écologiques liées à l’utilisation de cultures de couverture, l’allongement des rotations, le non labour et le semis direct qui permettent de stocker plus de carbone dans le sol
sous forme de matières organiques, ce qui est bon pour la fertilité des sols et les rendements ! C’est ce qui permet également de réduire l’utilisation d’intrants et notamment de fertilisants.

Le projet « 4 pour 1 000 : les sols pour la sécurité alimentaire et le climat » peut en être une bonne illustration. Cette initiative vise à encourager l’évolution des systèmes agricoles pour augmenter la teneur en matière organique et renforcer la séquestration du carbone. Des sols plus riches en matière organique sont plus fertiles et productifs, résistent mieux à l’érosion et aux dérèglements climatiques et permettent de contribuer à l’atténuation du changement climatique en séquestrant des quantités importantes de carbone.

Des techniques sont possibles pour respecter les écosystèmes tout en augmentant le taux de matière organique dans les sols : le maintien et le développement des prairies permanentes grâce au pâturage des ruminants, la multiplication des haies et des bandes enherbées, le développement de l’agroforesterie, etc.
 
Certes, la séquestration du carbone est importante à prendre en compte. Mais ce critère ne doit pas être le
seul. Un bon taux de séquestration de carbone dans les sols ne devra pas nous dédouaner de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole.

Enfin, il ne faudra pas perdre de vue les conséquences économiques de ces adaptations de pratiques trop souvent perçues comme de nouvelles contraintes. Des accompagnements seront nécessaires pour expliquer et avancer progressivement. Par exemple, décriée lors de sa mise en place, la couverture des sols en hiver a aussi montré des avantages économiques certains.